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ESPÈCE MENACÉE - Il resterait entre 80 et 160 aprons dans le Doubs

Arnaud Bernardin | mer, 18/05/2011 - 15:00

L’apron du Rhône, Zingel asper. PHOTO STÉPHANE GERBER

«La population d’aprons du Doubs n’en a plus que pour 5 à 10 ans.» Au Muséum d’histoire naturelle de Besançon, Mickaël Béjean est formel. Et plutôt remonté. Spécialiste de l’apron, il en élève dans ses bassins et fait figure d’observateur privilégié de cette espèce menacée d’extinction.


L’apron du Rhône se reproduit encore dans le Doubs suisse, dans la Durance, la Drôme, la Loue, l’Ardèche et la Beaume françaises. Sur 240 km de rivières, on estime sa population à 8000 individus. Il y a un siècle, l’apron occupait un territoire dix fois plus grand. En outre, la population du Doubs est isolée génétiquement. Son bagage est unique et la perte du roi du Doubs (son surnom) s’avérerait irréversible.

En 2009, Mickaël Béjean a participé à des plongées entre Tariche et Saint-Ursanne avec le biologiste français Maxime Boismartel. «Nous avons recensé 23 aprons, de petite, moyenne et grande taille, ce qui signifie que l’apron se reproduisait encore voici deux ans dans le Doubs», précise-t-il. Selon lui, une centaine d’aprons subsisteraient dans le Doubs. Docteur en istyologie au bureau Aquarius à Neuchâtel, Blaise Zaugg articulait dans une étude publiée en 1999 un chiffre compris entre 80 et 160 individus adultes survivant en Suisse. «Il est très difficile d’avancer des données absolues, mais une tendance à la baisse se dessine ces dernières années. Il est vraisemblable que l’apron est menacé d’extinction», postule-t-il prudemment. Autant dire que les chances de survie du roi du Doubs paraissent aléatoires, balayées par les éclusées et enterrées dans des gravières polluées.

Signataire de la Convention de Berne, la Suisse ne peut pourtant se soustraire à sa responsabilité de sauver le petit percidé. La Confédération et la République et Canton du Jura, par l’intermédiaire du bureau Aquarius, suivent la population d’aprons depuis une vingtaine d’années. Aujourd’hui, il semble que l’urgence de la situation fasse bouger les autorités. Le nombre de stations de comptage de l’apron a été augmenté. Des prospections nocturnes à la lampe seront organisées. «Nous venons de recevoir le mandat d’étudier la possibilité de lancer un élevage d’aprons en Suisse, comme cela se fait à Besançon, mais avec des géniteurs du Doubs», annonce Blaise Zaugg. Un ultime recours qui, même s’il est purement artificiel, pourrait préserver l’espèce d’une disparition pure et simple.

Trois mille alevins cette année

Le Muséum de Besançon élève des aprons depuis 2005 dans le cadre du projet européen Life Apron et en a relâché 700 dans la Drôme l’an dernier. Cette année, 3000 alevins devraient sortir de la ferme aquacole. Pourrait-on envisager des lâchers entre Tariche et Saint-Ursanne? «Certainement pas, rétorque Mickaël Béjean. Nous choisissons des cours d’eau sains pour relâcher les aprons, ce qui n’est à l’évidence pas le cas du Doubs.»

Dans une synthèse du suivi de l’apron entre 2000 et 2009, le bureau Aquarius cite le morcellement de la rivière par des obstacles artificiels infranchissables comme première cause du déclin de l’apron, avant la pollution et les éclusées. Corollaire, les spécialistes attribuent aussi «une importance accrue à rendre franchissables à l’apron les seuils les plus en aval de SaintUrsanne, Bellefontaine et Ocourt», afin de rétablir le brassage génétique.

Aussi appelé «sorcier», le roi du Doubs se voit parfois attribuer une aura malfaisante. Aujourd’hui, un coup de baguette magique ne sera pas de trop pour déjouer le sort qui lui est promis.

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