Rémy Chételat | lun, 10/09/2012 - 23:46
Né des dernières fusions, le nouveau découpage administratif des communes jurassiennes n’aura pas véritablement favorisé un regain des vocations politiques. Une diminution du nombre de communes n’implique pas forcément une hausse de l’intérêt pour la chose publique.
Ainsi la nouvelle commune de Val Terbi aura un maire élu tacitement alors que Corban et Mervelier, qui ont refusé de s’y joindre, restent orphelins de candidat. L’inverse est aussi valable: la mairie est combattue dans la nouvelle entité de Haute-Sorne, tout comme à Saulcy qui n’a pas voulu se laisser fondre vers la vallée.
Situation contrastée également dans les treize communes franc-montagnardes. On aurait pu imaginer que sur les cendres de la commune unique naîtrait un intérêt renouvelé pour s’investir au plan local. Hélas, on ne décèle qu’un léger sursaut. Par rapport à 2008, il y a le double de combats mais aussi le double de communes dont la mairie n’intéresse personne. Fidèle à son image politicienne, le district de Porrentruy sera le plus animé, avec six luttes.
Un mandat communal exige des compétences, de la disponibilité, le sens des responsabilités et du sacrifice. On y gagne davantage de travail, ingrat parfois, que d’honneurs. La société s’individualise, les gens préfèrent les loisirs à l’engagement citoyen. Epouser une charge communale, c’est aussi pour le meilleur et pour le pire. Les différends qui jadis se réglaient en assemblée communale ou autour d’un verre finissent désormais souvent en justice.
Les prochaines élections verront émerger quelques nouveautés, dont une législature sur cinq ans au lieu de quatre. Les partis politiques restent bien présents, on note une apparition timide des évangélistes et de l’UDF alors que Les Verts ne seront guère dans la campagne.
Le nombre de communes continuera à diminuer. Le Jura est passé de 83 à 64 communes voilà quatre ans, il en comptera 57, soit près du tiers de moins. Les fusions se poursuivront inexorablement jusqu’au moment où les communes qui resteront seront capables d’affirmer une vraie présence politique et la force de revendiquer davantage de compétences, bref de devenir de véritables interlocuteurs du canton.
Rémy Chételat
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Cette érosion des vocations ne m'étonne absolument pas. Les gens qui travaillent à 100% dans un environnement professionnel toujours plus exigeant et stressant vont privilégier la vie de famille, les amis et les hobbies plutôt que de s'investir dans une fonction politique ingrate.
Pour l'avoir vécu dans ma propre famille, il ne faut pas s'attendre à de la reconnaissance lorsqu'on prend une charge de conseiller-ère communal-e ou de maire. Au contraire, les gens pensent que vous êtes disponibles pour eux 24h/24, y compris le week-end.
De plus, la marge de manoeuvre des communes diminue d'année en année au profit de règlements cantonaux restrictifs.
Finalement, lorsqu'on s'investit dans une telle fonction publique, on ne se fait pas que des amis et on prend des coups, selon les causes que l'on défend. M. Baettig ne me dira pas le contraire... Donc il faut aussi accepter "d'être impopulaire". Et beaucoup de gens ne sont pas prêts à cela...
Sans vouloir leur jeter la pierre, combien de maires profitent indirectement de leur place en étant fonctionnaire eux ou leur conjoint... A un moment donné, il faut devenir réaliste, c'est soit un boulot payé correctement avec des responsabilités (et pas des avantages) et là on trouvera des candidats. Mais pour le moment, ça ressemble à un joli arrangement entre "mafieux" comme dit dans le précédent commentaire avec un gouvernement qui lui aussi n'assume pas en reportant sur les communes le plus de charges possibles pour éviter les emmerdes d'augmenter les impôts, faute de quoi leur siège seraient éjectables.
Regardez bien le budget des communes quand on a enlevé les charges "obligatoires", elles sont où les libertés et les compétences ?
Voilà notre avenir... Des autorités cooptées, des arrangements de type "mafieux" entre partis, les vocations politiques en berne et la disparition programmée dans l'Union européenne...