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La monarchie, un archaïsme politique qui conserve pourtant son utilité

Pierre-André Chapatte | dim, 03/06/2012 - 22:03

Soixante ans de règne n’ont pas émoussé la popularité de la reine Elizabeth d’Angleterre. A 86 ans, elle jouit d’une cote de popularité de 80% des Britanniques.

Une cote à faire rêver les chefs d’Etat qui, à peine élus, plongent dans les sondages et ont toutes les peines du monde à se faire réélire au terme de leur mandat. A la différence des dirigeants politiques, la reine n’a pas de pouvoirs si ce n’est honorifiques et elle ne s’occupe pas de politique. La clé du succès est là. La reine est au-dessus de la mêlée, elle règne sans rien dire ni rien imposer de ses idées, s’accommodant des majorités de droite ou de gauche portées au pouvoir par la volonté populaire. La reine est dans le bon rôle. Elle s’inscrit dans la durée alors que les politiques n’ont pour horizon qu’une ou deux législatures quand ce n’est pas moins. La reine d’Angleterre est l’archétype de ces monarques qui traversent le temps alors même que les temps nouveaux ne leur correspondent apparemment plus du tout.

La monarchie est une institution archaïque. Elle est fondée sur un système héréditaire qui va à l’encontre des valeurs de la démocratie et de la justice. La fonction monarchique se transmet par filiation, elle est un privilège qui n’est pas lié à un mérite et n’est pas affaire de compétences. Les monarques n’ont de comptes à rendre à personne, si ce n’est, comme en Angleterre, qu’à Dieu. La monarchie est donc aux antipodes de l’esprit de la République dont les dirigeants sont élus par le peuple et doivent lui rendre des comptes. La reine d’Angleterre présente en outre cette particularité d’être le chef de l’Eglise anglicane (il faut être de confession protestante pour accéder au trône). Cette royauté liée à la religion n’est pas en adéquation non plus avec l’Etat laïc qui caractérise aussi la démocratie. Cette confusion des genres vaut au roi du Maroc de vives critiques. En Angleterre, c’est la normalité et cela ne dérange personne.

Paradoxalement, l’archaïsme de la monarchie fait aussi sa force. Le régime héréditaire assure une continuité et cette continuité est en elle-même un facteur de stabilité. La monarchie est aussi un symbole d’unité pour des pays aux équilibres fragiles et exposés aux forces centrifuges. C’est vrai pour Angleterre, ça l’est aussi pour l’Espagne. Ça l’est également pour la Belgique où le roi, contrairement à la plupart des autres royautés, détient un réel pouvoir politique. Le roi Albert II a eu un rôle déterminant dans la résolution – provisoire peut-être – de la crise politique qui a mené le pays au bord de l’éclatement l’an dernier. Le symbole de la royauté pèsera à coup sûr dans le débat sur l’indépendance de l’Ecosse soumise au référendum l’an prochain. C’est si vrai que les indépendantistes écossais, conscients de l’enjeu, se sont engagés à conserver la reine comme chef d’un Etat indépendant.

Désuète peut-être, la monarchie n’en reste pas moins encore en vigueur dans douze pays européens (Grande-Bretagne, Andorre, Belgique, Danemark, Liechtenstein, Luxembourg, Monaco, Pays-Bas, Norvège, Espagne et Suède, auxquels s’ajoute le Saint-Siège). La monarchie reste donc non seulement d’actualité, mais elle se porte en général plutôt bien. La maison royale d’Angleterre a certes connu ses crises et ses scandales, celle d’Espagne récemment aussi. Mais les reines et les rois sont généralement appréciés et les pays qui connaissent ces institutions ne souhaitent pas en changer. La popularité des têtes couronnées ne tient pas seulement au goût des foules pour les fastes royaux. A un moment où la plupart des autres institutions sont en crise, la monarchie présente une forme de stabilité rassurante. Dans ce monde globalisé où se perdent les repères traditionnels, elle demeure une référence.

C’est à croire que la monarchie offre peut-être à la démocratie une dimension qui lui manque, la force du symbole. De toutes ces têtes couronnées, la reine Elizabeth est sans doute la figure la plus emblématique d’une institution qui, vieillotte et sans pouvoir, n’en garde pas moins son utilité.
Pierre-André Chapatte
 

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