Pierre-André Chapatte | mer, 27/06/2012 - 20:41
L’option d’un deuxième tunnel routier sous le Gothard retenue par le Conseil fédéral ne manque pas d’arguments.
Imaginez le Tessin sans ce tunnel durant les 2 ans à sept ans que nécessiterait la réfection du tunnel actuel. Ce serait isoler un peu plus encore une région déjà mal reliée au reste du pays. Et puis le Gothard est un axe transalpin d’une importance capitale entre le nord et le sud de l’Europe. La Suisse a ici une responsabilité qu’elle ne peut pas mettre entre parenthèses. Et puis, il y a l’argument sécuritaire. Un tunnel bidirectionnel sur 16, 9 km de long est dangereux. Deux tubes unidirectionnels seraient plus sûrs. Enfin, question coûts, il est plutôt raisonnable de payer un peu plus pour avoir quelque chose de mieux au bout du compte.
Les arguments contre ce deuxième tunnel routier au Gothard ne manquent pas de pertinence non plus. On a beau assurer que la loi garantira une circulation unidirectionnelle dans chacun des deux tubes. Si le trafic continue d’augmenter, la loi sera vite changée. Et puis même en restant à sens unique, les deux tunnels offriront des conditions de circulation plus confortables qui feront office d’appel d’air pour davantage de trafic. Ce choix pour un deuxième tube routier au Gothard risque donc, dans la réalité si ce n’est en droit, d’aller à l’encontre de l’initiative des Alpes acceptée par le peuple en 1994. Cette initiative vise à limiter le trafic routier de transit dans les Alpes et à le transférer sur le rail. C’est aussi l’objectif des très coûteuses NLFA.
Le choix opéré hier par le Conseil fédéral repose sur un pari, celui de la permanence de l’auto. S’ils se font, les deux tunnels sous le Gothard ne seront ouverts qu’en 2030. D’ici là, il peut en couler de l’eau sous le pont du Diable dans les gorges de la Schöllenen. Pour de multiples raisons, le pétrole pourrait s’assécher à la pompe ou son coût devenir hors de prix. Le pari de la route est donc risqué. La réfection du tunnel actuel offrirait une belle opportunité pour accélérer le transfert de la route au rail. Le Conseil fédéral n’a pas su saisir cette voie qui est pourtant celle de l’avenir.
Pierre-André Chapatte
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