Rémy Chételat | dim, 09/09/2012 - 20:17
Le ton change, la détermination reste. La perspective d’une votation populaire sur l’avenir institutionnel de la région jurassienne, prévue à fin 2013, a revivifié la Fête du peuple.
On reste certes loin des ardents rassemblements autonomistes des années soixante et septante alors que le feu patriotique jurassien était à son incandescence. Rien de plus normal: l’environnement est différent, la donne politique aussi.
Lors de la Fête du peuple de 1973, le Rassemblement jurassien exigeait un plébiscite d’autodétermination – qui allait se tenir moins d’une année plus tard, le 23 juin 1974. Roland Béguelin fustigeait l’immobilisme de la Suisse qui se reposait sur l’alibi de la procédure bernoise: «Il faut en découdre», clamait-il devant la foule, ainsi que le rappelle Marcel Brêchet dans Les années de braises.
Quarante ans après, à une distance identique de la votation qui pourrait l’an prochain corriger la partition du Jura, le mouvement de lutte autonomiste ne souhaite plus en découdre mais se raccommoder. Tisser des liens avec les trois districts du Sud, expliquer aux Jurassiens restés bernois qu’ils ont l’occasion de créer, d’égal à égal avec les Jurassiens du canton, leur propre Etat confédéré, selon leurs décisions. Mais il faudra pour cela savoir d’abord surmonter la peur du changement.
Le Mouvement autonomiste jurassien devra battre la campagne aussi bien dans le canton du Jura que dans le Jura bernois. Si on ne peut décemment imaginer que les Jurassiens du canton auront l’indécence de tourner le dos à leurs frères du Sud, un accueil tiède constituerait une terrible déception.
Le MAJ devra avoir la conviction contagieuse. Il compte sur le réveil de la jeunesse, qui se désintéresse de la chose publique donc de la Question jurassienne. Leurs aînés ne font guère mieux, on verra le nombre d’élections tacites et de sièges à repourvoir qui resteront vides ce soir, au moment du dépôt des listes pour les communales jurassiennes.
Tout a changé, mais la question qui sera posée à fin 2013 aura la même portée institutionnelle que celle de 1974: «Voulez-vous constituer un nouveau canton?» Créer un nouveau canton, une perspective qui devrait pourtant soulever l’enthousiasme, bon sang!
Rémy Chételat
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@Alain, ne plus faire les mêmes erreurs, c'est bien joli mais quand en a-t-on pris le chemin pour réduire ce nombre de fonctionnaires qui nous plombe dans nos marges de manoeuvre? Comment va-t-on imposer au Sud une administration du Nord alors qu'il espère un partage tout à fait compréhensible.
Si le nord va mieux, ce n'est pas forcément parce que l'on est mieux administré mais peut-être parce que géographiquement on est très proche d'un réservoir de main d'oeuvre relativement bon marché.
Je comprends bien que certains du Sud aient légitimement une envie de corriger l'histoire. Il faut juste être réaliste et voir que maintenant avec l'exemple donné, il faudra surtout faire très attention à ne pas rajouter une couche à un sentiment de frustration et je ne parierais pas que dans le Nord ce soit un oui... il faut être complètement aveugle pour ne pas se rendre compte que vu la mentalité des Jurassiens ça ne devienne un magnifique exemple de leçon politique... et de prise de tête définitive.
Pour les sous-investissements, je veux bien mais on est 30 ans après, on ne va pas la jouer Holland en remettant ad eternam la faute sur ces Bernois...
Alors pas de haine, pas de passion, ça c'est certain c'est dépassé, mais des faits et des actes... Alors à quand un acte courageux et un projet réaliste chiffré correctement qui prenne en compte les besoins de la population. Et celle-ci veut tout simplement sortir de l'enfer fiscal actuel et être administrée normalement, ce n'est qu'une question d'administration et de courage politique. Alors qui en aura le courage, le gouvernement actuel, j'ai des doutes, il n'est même pas capable de maintenir les effectifs mais les augmente et c'est la seule marge de manoeuvre dans le budget avec les investissements.
Que les choses soient claires: le Jura n'a jamais été et ne sera jamais la Riviera lémanique ou encore la Goldküste zurichoise. Néanmoins c'est un canton où il fait bon vivre, où les infrastructures ne sont pas sans cesse remises en question, un canton qui a 4 représentants assurés aux Chambres nationales et ou l'identité jurassienne n'est pas étouffée. Le Jura est un canton jeune qui doit rattraper les sous-investissements de son passé bernois et il est dynamique mais n'est pas parfait. La situation du Jura resté bernois n'est franchement pas glorieuse. Alors qu'on ouvre des usines en Ajoie on en ferme dans le Jura bernois, le service public y est sans cesse remis en question (examens de conduite, hôpitaux, transports, etc...), les perspectives démographiques sont alarmantes et il n'a plus de représentant aux Chambres fédérales.
Alors non, le Jura ne donne pas envie qu'aux requérants d'asile et à Maxime Zuber. Il y a de nombreux jeunes de Moutier et d'ailleurs qui souhaitent voir leur avenir hors du canton de Berne pour les raisons évoquées ci dessus.
Comme je l'ai dit, le Jura n'est pas parfait. Faire un nouveau canton permettrait de bâtir un état apte à affronter les défis de demain (crise financière, énergétique,...), de ne plus faire les même erreurs, réduire les fonctionnaires, etc.
C'est prouvé, Jurassien du Nord comme du Sud ont tout à y gagner !
Avenir = Unité
Bel édito, qui fait envie...
+1 voix au commentaire de David Sauvain. Merci pour vos mots.
J'ajouterais que si l'on ne se rappelle pas d'où l'on vient, on ne peut savoir où l'on va.
@patatras: et pourquoi donc "se passionner" pour la Question jurassienne? Au contraire, pacifiquement, sans animosité, prendre le temps de revoir une récente erreur de l'Histoire, tout le monde peut se tromper.
Enfin, en temps que VUS (vieille utopiste du Sud), j'ai la conviction que ma place n'a jamais été dans un canton germanophone, ma place n'est plus dans un canton germanophone. C'est juste une conviction, mais c'est la mienne, et j'y tiens.
@robert, et que fera-t-on ou plutôt qu'a-t-on fait pour leur donner envie de changer ?
On nous écoute mieux dans un canton où le copinage est roi, paie-t-on moins d'impôts qu'eux ?
Est-on mieux administrés ? Aavec une administration qui se croit maître de tout et enterre soigneusement rapports et scandales ?
Alors oui un grand et beau canton mais pas en rassemblant deux ou trois canard boîteux.
On a les moyens de faire mieux qu'eux et la marge de manoeuvre financière est possible mais seulement dès qu'on aura réduit l'administration à son niveau acceptable, ça fait 15 ans que les rapports s'empilent et on est encore capable de créer de nouveaux postes. On est pas plus capable que le canton de Berne d'avoir assurer les caisses de pensions et nous réunir va faire jaillir la lumière dans le Nord et le Sud ? hypocrisie ....
Pour le politicien pas anonyme, qu'avez-vous fait qui donne envie au Sud de venir nous rejoindre et qui donne envie au Nord de leur imposer notre magnifique République ?
@patatras... Et justement, ces perspectives d'avenir ne seraient-elles pas plus grandes en cas de création d'un nouveau canton ?
A vous lire, courageux anonymes, je me demande ce qui vous motive réellement ? Habitant le Jura Sud, ou Bernois si vous préférez, je peux vous affirmer que la partie n'est pas jouée d'avance. Ici, on ressent le manque de pouvoir politique et le statut de minorité n'a rien d'enviable, même en Suisse. Pour exister, la minorité francophone doit sans cesse rappeler qu'elle existe. Est-ce cela l'avenir du Jura Bernois? Je ne le crois pas. Nous souhaitons être des Suisses à part entière.
Prenez le temps de réfléchir. Pas de haine, pas de passion, juste penser politique, pragmatiquement et avec objectivité.
Amicalement.
David Sauvain
Conseiller communal
Belprahon
Mais si, on peut décemment envisager que le Jura Nord refuse le Sud.
Tout simplement parce que personne à part quelques politiciens et le maire de Moutier ne se sentent concernés. En tant que média, on pourrait même imaginer que celui-ci se rende compte que ce n'est plus la sensibilité du peuple, qui lui veut juste un canton agréable avec une administritation à son niveau permettant de sortir d'un enfer fiscal. Et comme ce n'est pas le cas, on peut "décemment" penser que nous ne l'imposerons pas à nos frères du Sud. Quand on donne envie, pas besoin d'entamer de démarche, ça coule de source... Pour le moment on donne envie aux requérants d'asiles et c'est à peu près tout...
Mais pourquoi tant de haine ? Unir le sud et le nord n'a rien d'un combat d'arrière-garde. Au contraire, c'est bien en collaborant davantage que l'arc jurassien arrivera à préserver des emplois. L'acharnement des pro-bernois m'impressionnera toujours.
Il faudra mettre beaucoup d'essence pour raviver une flamme qui s'est éteinte depuis très longtemps. A part quelques dinosaures du MAJ et le maire de Moutier, il n'y a plus de monde pour se passionner pour la "question" jurassienne.
Il suffit de demander l'avis de la vraie jeunesse jurassienne pour comprendre que l'on gaspille son énergie et de l'argent pour rien. La sécurité de l'emploi et les conditions de travail sont des facteurs qui ont un sens pour les jeunes. Ils veulent avoir des perspectives d'avenir, peu importe le canton !
Constituer un nouveau Canton? C'est déjà fait! Le Sud restera bernois, car c'est juste une utopie des VIEUX autonomistes de voir un "grand" Canton...