Pierre-André Chapatte | dim, 05/06/2011 - 21:47
80 000, 100 000 ou 120 000? Allons-y pour 100 000. C’est l’effectif que devrait comprendre l’armée suisse selon le Conseil des États qui en débattait jeudi dernier. On ne sait pas trop à quoi ce chiffre correspond, sinon qu’il coûtera à l’armée 5,1 milliards par an (contre un peu plus de 4 milliards au budget aujourd’hui pour une armée de 180 000 hommes dont 60 000 de réserve) et qu’il répond au souhait du chef du département de la Défense Ueli Maurer qui rêve de «la meilleure armée du monde» pour la Suisse. Le ministre UDC ne pouvait pas espérer mieux. Le Conseil fédéral lui avait refusé par deux fois cette largesse en réclamant une armée de 80 000 hommes pour un budget de 4,4 milliards par an. La majorité des sénateurs, très pro-militaire, ne s’est pas arrêtée en si bon chemin. Alors que le Conseil fédéral repoussait la décision d’achat de nouveaux avions de combat en 2015, les sénateurs ont ajouté dans le panier 5 milliards pour l’acquisition rapide de 22 avions. Quant à savoir où prendre l’argent nécessaire, ils n’en ont rien dit. Inch Allah! Ce n’est pas très sérieux.
Ce débat sur l’armée est déroutant. Le Conseil fédéral et les députés mettent la charrue avant les bœufs. Ils commencent par discuter des effectifs de l’armée sans avoir clairement établi à quoi doit servir l’armée aujourd’hui et demain, et donc de quoi elle aura besoin en hommes et en matériel. Face à un environnement géopolitique qui a totalement changé depuis la dernière guerre mondiale, les politiques suisses s’accrochent, dans leur majorité, à l’armée d’autrefois, celle d’un homme et un fusil derrière chaque arbre à la frontière. Ils savent pourtant bien que cela ne correspond plus à la réalité et que les menaces qui pèsent sur la Suisse ne sont plus celle d’un envahissement par un pays voisin. Ils font pourtant comme si, ou presque. Le Conseil national doit encore se prononcer. S’il suit les États, un référendum sera à coup sûr lancé. Or, devant le peuple, une vision des choses aussi si peu crédible ne passera pas.
Le budget militaire de la Confédération reste certes modeste en rapport au produit national brut: 0,8% aujourd’hui, 1,1% avec la formule concoctée par le Conseil des États, 1,5% en moyenne pour les pays membres de l’Otan. Encore faudrait-il utiliser cet argent à bon escient. Des besoins existent: la cyberdéfense, la protection des installations sensibles face au terrorisme, l’appui sécuritaire aux cantons lors de grands événements, les interventions en cas de catastrophes ou d’accidents graves. La plupart relèvent d’ailleurs de la police et de la protection civile plutôt que de l’armée. Dès le moment où la neutralité ne nous permet pas des interventions de prévention à l’étranger, faut-il vraiment des avions de combats et des chars pour répondre à ces besoins internes-là? Il ne serait pas juste non plus de doter l’armée de moyens surdimensionnés et inappropriés alors que les cordons de la bourse sont resserrés un peu partout ailleurs, et en général sur le dos des plus faibles, l’assurance invalidité, les transports publics pour les jeunes et les vieux. C’est avec de telles incohérences et de telles injustices que les politiques fabriquent eux-mêmes des «indignés».
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Je n'aime pas l'armée et je n'y trouve aucune tâche, dans un pays comme la Suisse, qu'un service civil ne pourrait pas faire de manière similaire, mais il y a un moment ou l'hypocrisie doit s'arrêter.
A en croire certain, on dirait que tout le budget de la Confédération passe dans le militaire. Mais j'vous jure M'sieur, ils tirent des obus en or massif, mangent du caviar et boivent du champagne, le tout sur le dos du contribuable, pour sûr que c'est vrai !
La politique devrait être dirigée par des machines. Vous avez déjà tenté de corrompre un tactilo ? Y s'laisse pas avoir comme ça le bougre. Bref...
Que les politiques mettent la charrue avant les bœufs, c'est vrai. Considérer que tout ou partie de 5 milliards c'est trop, c'est peut-être juste. Par contre, prétendre que ça relève de l'injustice sociale et engendre la mobilisation d'"indignés" désireux de suivre un mouvement à la mode - parfaitement fondé sous des cieux plus ensoleillés quoique européens mais où sévissent plus de 20% de chômage, des revenus misérables, une bureaucratie pléthorique paralysante et une culture de la corruption, me semble surtout démagogique. Je n'ai aucune raison particulière de défendre l'armée et son budget mais cet abcès de fixation sur ses dépenses (en baisse continue et représentant moins de 10% du budget fédéral) me semble peu réfléchi. En 2009, la protection sociale en Suisse représentait 145 milliards, soit 30% du PIB, trois fois le budget national et presque 30 fois 5 milliards. Et c'est en augmentation. Que faudrait-il pour éviter toute "indignation"? Consacrer 50% au social? 100%? De combien obtenu comment?
Si les nouvelles générations ont effectivement en perspective une existence matérielle plus difficile pour eux que pour leurs parents (génération dite des 30 glorieuses), ce n'est pas à cause des dépenses militaires ni des salaires abusifs de "grands" managers ni des banques ni de spéculateurs sans scrupules ni de "la crise" ni d'une "redistribution inéquitable des fruits de la croissance", mais c'est parce que cette croissance, d'ailleurs vilipendée par les mêmes " indignés", est devenue insuffisante chez nous, ou a du moins fortement faibli, contrairement aux exigences individuelles. Ne parlons plus de "besoins". Les autres explications ne sont que des leurres souvent idéologiques.
Dès le moment où la neutralité ne nous permet pas des interventions de prévention à l’étranger....C'est au moins aussi inconséquent que de fixer les effectifs sans avoir les objectifs...
Neutralité armée ou pas ça veut bien dire neutre et neutre ça veut dire ne pas prendre position, et il faudrait prendre part à de la révention à l'étranger ? Au nom de quoi, l'ONU, l'UE, NOUS, a-t-on vraiment étant neutre à donner des leçons, sûrement pas sinon on abandonne la neutralité et on s'aligne.