Rémy Chételat | lun, 22/02/2010 - 22:29
Le colonel Kadhafi a été hier au lever du jour la vedette du Morgestraich bâlois, moqué comme il se doit en compagnie de son souffre-douleur, Hans-Rudolf Merz. En milieu de journée, le carnaval avait débordé le Rhin et même la Méditerranée: la fête des fous se déroulait en Libye, où la situation des otages suisses, retenus depuis 19 mois, s’était soudain accélérée. Pour le meilleur (Rachid Hamdani) et pour le pire (Max Göldi).
Ce qui se passe à Tripoli relève encore et toujours de la mascarade. Le clan Kadhafi fait durer le plaisir de sa vengeance, allonge le supplice pour un des otages. Rôtie sur les flammes des représailles, la Suisse ne se sortira des sables maudits libyens que grâce à une intervention diplomatique et politique européenne forte et coordonnée.
On a redouté que la comédie ne tourne au drame hier, alors que la police libyenne encerclait l’ambassade de Suisse à Tripoli. On a eu l’ultimatum et frisé l’assaut. Un des otages, peut-être aidé par sa double nationalité suisse et tunisienne, a été autorisé à quitter le pays. L’autre a eu moins de chance: victime expiatoire, Max Göldi sera incarcéré dans les geôles libyennes pour une soi-disant affaire d’infraction à la loi sur l’immigration.
Cousue de fil blanc, cette affaire n’a rien d’un cas de justice. C’est un règlement de compte dans lequel le Conseil fédéral s’empêtre. A sa décharge, le chef d’Etat avec lequel il faut négocier use de méthodes de brigand contre lesquelles les armes de la démocratie, la diplomatie et la politique ne permettent pas de répondre avec efficacité. Les excuses du président de la Confédération n’ont servi à rien. Le dictateur libyen use de toutes les ficelles pour venger son fils interpellé à juste titre après avoir rossé ses domestiques en été 2008 à Genève.
La résolution finale de ce long et pénible conflit passe par Bruxelles et ses satellites. Les capitales européennes devront jouer solidairement de leur influence pour ramener la Libye à la raison. C’est le seul salut de la Suisse pour une issue rapide et heureuse. Certains pays de l’UE en veulent à Berne d’avoir non sans malice utilisé le système Schengen pour faire pression sur Tripoli. Cela ne doit pas les dissuader d’épauler le Conseil fédéral. Il en va de la défense d’un Etat de droit contre un dictateur de carnaval. Nous pensons très fort à Max Göldi, qui paie de sa liberté la hargne des Kadhafi à laver leur honneur définitivement perdu.
|
Fr. 25.00
|
Fr. 15.00
|
Je cherche à...
Je veux insérer une annonce pour...
Les derniers commentaires