Pierre-André Chapatte | jeu, 25/10/2012 - 22:59
Les mauvaises nouvelles s’accumulent pour l’industrie automobile en Europe.
Mercredi, Ford annonçait la fermeture de son usine de Genk en Belgique, coupant 5000 emplois et autant d’indirects dans la sous-traitance. Pas le temps de souffler. Ford remet ça hier avec l’annonce de la fermeture de deux de ses usines en Grande-Bretagne, supprimant 1400 autres postes de travail. Cet été, le groupe PSA (Peugeot-Citroën) mettait l’Hexagone en émoi avec l’annonce de la suppression de 8000 emplois et de son usine d’Aulnay-sous-Bois près de Paris. Cette semaine, PSA appelait l’Etat français à la rescousse pour sauver la banque du groupe. Volvo, qui fut la propriété de Ford, indiquait hier qu’il réduisait la cadence de sa production et de ses effectifs dans son usine de Gand en Belgique toujours. L’Allemand Daimler réduit aussi ses coûts pour préserver une marge bénéficiaire nette qui, avec 1,2 milliard d’euros au 3e trimestre, reste tout de même confortable. Il n’y a que les constructeurs allemands Volkswagen et Porsche sur lesquels la crise paraît glisser comme sur les plumes d’un canard.
Cette sortie de route de l’industrie automobile européenne était prévisible. Cela fait des mois que les signaux d’alerte sont allumés. PSA à Mulhouse (8000 emplois) enregistre cette année son plus faible taux de production depuis 27 ans. La faute à la crise bien sûr qui a fait chuter la demande. D’autant que la solidité des voitures s’est nettement améliorée. Ceux qui s’en sortent, ce sont les constructeurs dans le haut de gamme. Et les Asiatiques. La France a ainsi montré du doigt la Corée du Sud au bénéfice d’un accord de libre-échange avec l’Europe. Des constructeurs se replient aussi du nord sur le sud de l’Europe pour bénéficier d’une main-d’œuvre moins chère et plus flexible.
Tout contribue ainsi à une surcapacité de production et à une inéluctable réduction du nombre des usines sur le Vieux Continent. Les Etats-Unis ont connu cela mais se sont relevés grâce aux mesures prises par Obama. L’absence d’un centre de décision en Europe ne permet pas de mettre aussi facilement de l’ordre dans une industrie automobile pléthorique et épuisée par la concurrence internationale.
Pierre-André Chapatte
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@ Fritz Je vous reçois 7 sur 7 et vous informe que je parle de l'Europe en général. C'est vrai que notre région pourrait être plus sinistrée. Elle vit toutefois une situation bien problématique: elle est adossée à un canton alémanique riche. Avouons tous que les diverses productions s'enrichissent de la modernité et que les rendements s'améliorent.
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@Faux, Loinet : le chômage n’augmente pas ici (pour l’instant). Et encore faux aussi d’écrire : « les autres nous vendent de plus en plus ». Mais, et vous s’emblez l’oublier , les Européens (précisons qu’ici je pense plutôt aux pays colonialistes : tels F,D,NL,GB,I,E,PT) ont, pendant plusieurs siècles, exploités et vendu de la « pacotille » aux exotiques non ? Juste retour de manivelle n’est-ce pas ? Quand à cette main d’œuvre exotique, que j’ai connue en tant que chef d’entreprise d’une petite entreprise du BTP, celle des années 60 à 90 (I, E,PT), notre pays ne serait pas ce qu’il est et ce qu’il est advenu sans eux ! Quant à produire moins avec moins de personnel comme vous le préconisez OK, mais avec un salaire adapté au temps de travail et pas avec une diminution de temps de travail avec le même salaire tel que ce qui était alors la règle dans les ex-pays communistes et la France de Martine, Arnault, François, Manuel et les autres..
@ Fritz Le chômage augmente en Europe. Partout. La production est meilleure et les autres (des autres continents) nous vendent de plus en plus. Il faudra bien trouver un équilibre. Egal comment. Augmenter la consommation par exemple pour produire plus. Et approcher de nouveaux marchés. Pour l'instant nous avons consommé de la main d'oeuvre exotique pour produire plus. Le résultat est là. Tous les pays d'Europe ont leurs contingents d'"étrangers" plus ou moins intégrés alors que nous devrions produire moins (ou plus avec moins de personnel).
Loinet se spécialise décidemment dans les commentaires surréalistes (voir ses positions sur la Suisse et l'UE). Certes, la Corée du Nord ne vend aucune voiture en Europe. Que voilà un "argument" pertinent! Elle n'en vend d'ailleurs pas non plus à ses propres sujets (qu'elle ne nourrit même pas). Si l'inénarrable bobo bling-bling qu'est le prétendu ministre Montebourg connaissait ses dossiers et n'était pas d'une incompétence abyssale en économie, il saurait notamment:
- Que les voitures de marque coréenne vendues en Europe y sont aussi fabriquées (elles ne sont d'ailleurs pas meilleur marché que leurs concurrentes directes européennes).
- Que les exportations françaises (pas de bagnoles mais d'autres biens) vers la Corée du sud ont explosé grâce aux accords de libre-échange que Montebourg condamne.
- Que la solution n'est pas d'entraver les importations mais de développer ses exportations, qu'elle n'est pas que les Français achètent français mais que l'étranger le fasse! Ou alors, il faut se tourner vers le "modèle" de l'ex-RDA avec ses Trabant!
- Pour exporter plus, il faudrait être plus compétitif. Or, avec les mêmes charges salariales, tandis que les constructeurs français produisent des Twingo, les Allemands sortent des Audi Quattro.
- Quand il s'en prend aux bénéfices de Sanofi qui annonce un plan social à son tour, il saurait que le 95% dudit bénéfice est réalisé en dehors de ce pays "exceptionnel" (hélas pour lui!).
- Etc., etc., etc. …
La glorification des 35 heures est un autre aveuglement. D'abord, c'est une fiction, elles ne sont pas appliquées, elles ont en fait développé les heures supplémentaires (subventionnées, comme il se doit dans l'hexagone). Elles n'ont pas fait diminuer le chômage. Les pays les plus industrialisés (dont l'Allemagne … et la Suisse) ne les ont pas adoptées et leur taux d'emploi est supérieur à celui de la France. La Suisse emploie d'ailleurs plus de 160'000 frontaliers qui dédaignent les 35 heures, on se demande bien pourquoi.
L'erreur basique, c'est de considérer l'économie comme un système fermé, à somme nulle. En réalité, c'est un processus dynamique. En réduisant la capacité de produire, on réduit la production, on appauvrit l'ensemble. La technologie, avec l'augmentation de l'efficience qu'elle engendre, n'a jamais détruit le besoin de main d'œuvre, sinon plus personne n'aurait de travail depuis le 19ème siècle. Ou alors le 90% d'une population pauvre, avec faible espérance de vie et bien sûr loin des 7 milliards d'aujourd'hui, travaillerait encore dans l'agriculture… Si la durée du travail a diminué avec le temps, ce n'est pas parce qu'il y en avait moins, au contraire, c'est parce que le "gâteau" et le pouvoir d'achat avaient fortement augmenté. Le progrès (sans aucun jugement de valeur) crée plus d'emplois qu'il n'en détruit ("destruction constructive"). L'automobile n'est pas plus que la machine à vapeur en son temps, l'alpha et l'oméga de l'industrie. La bonne politique, ce n'est donc pas de maintenir contre vents et marée des activités obsolètes, c'est d'en faciliter (ou du moins de n'en pas gêner, par des interventions étatiques même à prétention sociale) l'émergence de nouvelles. Le principe "répartir le travail disponible" est un non-sens malthusien dans sa pire acception.
Pour ma part, je n'ai pas d'objection à ce que nos voisins soient "un merveilleux banc d'essai pour tous les autres pays". C'est bien s'ils se sacrifient pour montrer aux autres ce qu'il ne faut pas faire.
Quant à "ces masses de jeunes (et elles sont nombreuses) qui attendent impatiemment partout dans le monde sur du travail", elles ont des masses de besoins (ici aussi sans jugement moral) qui demandent à être satisfaits par des biens et des services à produire … par du travail et de l'emploi (ne serait-ce déjà que pour la formation et l'investissement). La fin de l'économie (et du travail) n'est pas prévue avant celle du monde.
Mais bien sûr Loinet! Je rentre d'un séjour en France et, à l'heure de l'apéritif, j'ai pu discuter avec de petits entrepreneurs (peinture, maçonnerie, carrelage, électricité, etc). Ces gens-là m'ont appris que les 35 heures dans le bâtiment ne suffisent pas pour achever une villa, par exemple, dans les délais imposés. Donc recours au temps libre indu par les 35 heures et engagement au noir. On ouvre la porte à une économie parallèle néfaste, telle qu'on la connaît dans les îles grecques où les vacanciers (j'en fus) acceptent de payer sans quittance. Cela mène à une baisse des rentrées fiscales et de la TVA . Montebourg ou pas, la France va dans le mur et sera à long terme dans les mêmes draps que l’Espagne, la Grèce ou le Portugal, et même de l’Italie où les factures se règlent en cash, mano à mano et par-dessous la table. Donc vive Martine et Arnaud et l’avenir le prouvera.
Montebourg vient d'un pays exceptionnel. Comme pour les Droits de l'Homme, la France sait que la production, en général, va inexorablement augmenter avec moins de main d'oeuvre. Elle essaie donc de répartir le travail disponible. Cet essai coûte cher mais est un merveilleux banc d'essai pour tous les autres pays. Surtout quand on pense à ces masses de jeunes (et elles sont nombreuses) qui attendent impatiemment partout dans le monde "sur du travail".
Quant au problème soulevé par Robert, il y a lieu aussi de
penser à la Belgique qui voit ses usines Ford fondre.
Montebourg devrait penser qu'en bossant un peu plus de 35 heures par semaine ça ira mieux.
Montebourg a raison. La Corée du Sud coule des usines d'autos en Europe. Pas celle du Nord.