Pierre-André Chapatte | jeu, 04/03/2010 - 23:01
Le décalage est si grand entre notre société occidentale et celle d’un pays comme le Cameroun que la notion de progrès devient relative. Voilà bientôt vingt ans que le Jura, avec la Confédération et le canton de Genève, conduit un projet de coopération dans ce pays du golfe de Guinée. Des progrès il y en a eu. Associés dès le départ, les Camerounais ont pris le relais des Occidentaux sur place. L’accès aux soins et aux médicaments s’est largement étendu. Les programmes de santé et de formation agricole soutenus par le Jura sont devenus des instruments essentiels pour des milliers de Camerounais.
Dans le même temps, l’espérance de vie a décroché de 70 à 50 ans dans ce pays. C’est dire que la situation de la population s’est péjorée malgré l’aide étrangère. Les grandes villes sont dangereusement polluées. Les services de base – eau, électricité – privatisés et passés en mains étrangères, fonctionnent plus mal qu’avant. Malgré ses richesses humaines et naturelles, le Cameroun reste l’un des pays les plus pauvres de la planète. La corruption y est omniprésente. Soixante ans après l’indépendance, l’Etat n’est pas capable de subvenir aux besoins vitaux de sa population.
Face à cette défaillance de l’Etat, la société civile s’organise pour survivre comme elle le peut. C’est à elle qu’il faut penser lorsqu’on réfléchit au bien-fondé de la coopération. Bien sûr, il faudrait que les instances internationales puissent contraindre les dirigeants corrompus à adopter une bonne gouvernance. Bien sûr, l’aide internationale supplée à l’incurie de l’Etat et crée une forme d’addiction. Cette aide s’adresse d’abord à une population qui ne baisse pas les bras et qui veut s’en sortir. Sans cette aide, la situation serait encore pire pour elle.
Quand on peut s’offrir le luxe d’une chamaillerie entre deux hôpitaux distants de 30 km et reliés par une autoroute, on devrait garder la capacité de venir en aide à ceux qui n’ont qu’un accès très difficile à des soins élémentaires dans des lieux rudimentaires. Une goutte d’eau dans la misère du monde certes, mais une goutte qui sauve et maintient l’espoir.
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