Pierre-André Chapatte | dim, 11/04/2010 - 21:52
Les météorologues parleraient de vent fort à tempétueux avec quelques violents coups de tonnerre à propos des projets de construction d’éoliennes sur les crêtes jurassiennes.
Les investisseurs sont pressés d’occuper le terrain. Ils font une cour assidue, promesses financières à la clé, aux communes et propriétaires fonciers des sites potentiels.
Les cantons s’organisent dans la hâte pour canaliser les vents contraires qui soufflent sur ce dossier sensible. La Confédération, malheureusement sans compétence décisionnelle en la matière, les incite à s’accorder et à ne pas faire n’importe quoi. Les écologistes sont mal pris, entre le soutien à une énergie renouvelable et la protection du paysage et de la faune. Les premiers moulins à vent modernes suscitaient la curiosité des touristes, leur multiplication suscite inquiétude et oppositions.
Bref, comme on le constate avec le site de Saint-Brais, l’énergie éolienne ne se résume pas à l’image paisible de la lente et calme rotation de pales observées de loin. A l’heure où les négociations sur le climat ont repris vendredi à Bonn pour tenter de réussir à Mexico à la fin de l’année ce qui n’a pas pu l’être à Copenhague en décembre, il n’est pas inutile de rappeler que, réchauffement ou pas, l’épuisement des ressources nous obligera à modérer notre consommation et à recourir davantage aux énergies renouvelables. L’éolien en est une. Même si la Suisse n’a pas de bords marins très venteux ni de grands espaces libres de toute contrainte, elle pourrait compter sur un apport de l’éolien pour 2% à 8% de sa consommation électrique d’ici 2030, avec 600 à 800 éoliennes. Les crêtes jurassiennes offrent des conditions de vent et d’accès susceptibles d’en accueillir une bonne partie. C’est pourquoi elles suscitent tant la convoitise des investisseurs.
Est-ce un bien, est-ce un mal? Tout dépend de la manière dont les choses se passent. Sur le fond, il faut savoir ce que l’on veut. Le recours aux énergies renouvelables sera une nécessité. Vaut mieux donc s’y préparer. L’éolien, comme le solaire et d’autres énergies vertes, doit être soutenu. Et ce devrait être tout bénéfice pour le Jura d’avoir pris le bon train des énergies renouvelables.
A la condition que le Jura puisse bénéficier de l’électricité produite par les éoliennes installées sur son sol. Il y a là des exigences à poser pour l’avenir. Le Jura ne doit pas assumer que les désavantages des éoliennes. Car des inconvénients, il y en a. Ce sont principalement l’atteinte au paysage et le bruit pour les riverains. Ce ne sont cependant pas des obstacles absolument insurmontables. Sur le plan du droit, le Tribunal fédéral a déjà tranché, en 2006, sur un projet neuchâtelois, en admettant que l’enjeu énergétique pouvait l’emporter sur la protection du paysage. Juridiquement, l’affaire est entendue.
C’est pourquoi, si l’on ne veut pas que l’atteinte au paysage soit trop forte, mieux vaudrait rassembler sur un seul site le parc éolien, pour la région jurassienne au moins. C’est ainsi que procède par exemple le Danemark, pionnier de l’éolien, avec un tout nouveau parc de 100 éoliennes au bord de mer, un record mondial.
La formule aurait cet autre avantage de faciliter le transport de l’énergie sans devoir renforcer les lignes actuelles, ce qui ajoute encore à l’atteinte au paysage. Le train de l’éolien est certes déjà parti dans le Jura. Il peut cependant être encore aiguiller sur de bons rails. Pourquoi, dans cette perspective, ne pas concentrer le développement de l’éolien sur un seul site cantonal, ou mieux encore sur le principal site existant dans la région, celui de Mont-Soleil et Mont-Crosin? L’éolien peut devenir un projet interjurassien.
L’approche du dossier des éoliennes ne devrait pas être d’abord économique et financier, ce qu’elle est trop aujourd’hui (une fois résolus les problèmes techniques). Prises individuellement, les communes peuvent difficilement ne pas mordre à l’hameçon des investisseurs qui leur promettent une manne financière annuelle alléchante. Le canton du Jura a cependant prévenu le danger en définissant quatre sites prioritaires (Saulcy-Lajoux, Saint-Brais, Peu-Girard-Peuchapatte, Peu-Claude-les Fonges (Les Bois). La moindre des exigences serait qu’il s’y tienne. Mais les appétits financiers accroissent les pressions (voyez le projet d’éoliennes sur les hauteurs de Delémont).
C’est bien pourquoi ce dossier devrait d’abord être appréhendé sur un plan politique. C’est le rôle du canton de l’y maintenir... contre vents et marées. L’approche du dossier des éoliennes ne devrait pas être d’abord économique et financier, ce qu’elle est trop aujourd’hui (une fois résolus les problèmes techniques). Prises individuellement, les communes peuvent difficilement ne pas mordre à l’hameçon des investisseurs qui leur promettent une manne financière annuelle alléchante.
Le canton du Jura a cependant prévenu le danger en définissant quatre sites prioritaires (Saulcy-Lajoux, St-Brais, Peu-Girard-Peuchapatte, Peu-Claude-les Fonges (Les Bois). La moindre des exigences serait qu’il s’y tienne. Mais les appétits financiers accroissent les pressions (voyez le projet de 17 éoliennes sur les hauteurs de Delémont). C’est bien pourquoi ce dossier des éoliennes devrait d’abord être appréhendé sur un plan politique. C’est le rôle du canton de l’y maintenir... contre vents et marées.
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