Pierre-André Chapatte | mer, 25/01/2012 - 20:58
Le Conseil fédéral rejette sans surprise l’initiative de l’UDC qui propose son élection par le peuple.
Elus ou réélus par l’Assemblée fédérale, les conseillers fédéraux n’allaient pas en quelque sorte se délégitimer en désapprouvant la façon dont ils ont été nommés. Ils ne pouvaient donc qu’écarter la proposition de l’UDC, du moins à six contre un si tant est que le ministre UDC Ueli Maurer s’est solidarisé avec l’initiative de son parti dans le secret des délibérations.
L’initiative de l’UDC avait été lancée sous l’emprise de la colère après l’éviction de Christoph Blocher du Conseil fédéral en 2007. Les premières tentatives d’introduire l’élection du gouvernement par le peuple relevaient des mêmes frustrations. En 1900 la gauche, puis en 1942 les conservateurs, s’estimant injustement exclus du Conseil fédéral, avaient réclamé en vain ce changement. Avec cette initiative, l’UDC manie une arme dangereuse pour elle d’abord.
L’élection du gouvernement se déroulerait au système majoritaire à deux tours. Même si l’initiative prévoit un système de calcul qui abaisserait le seuil de la majorité, le système majoritaire ne réussit pas à l’UDC. On l’observe dans les élections des gouvernements cantonaux. Cela s’est vérifié encore lors des dernières élections au Conseil des Etats. Le gros quart des électeurs séduits par l’UDC ne fait pas encore une majorité. Pour l’emporter dans un scrutin majoritaire, l’UDC a donc besoin d’appuis extérieurs... dont la prive sa politique agressive et si peu consensuelle. Les longs mois mis par l’UDC pour réunir les signatures nécessaires montrent d’ailleurs que ce parti paraît lui-même douter de la faiblesse de sa proposition.
Le peuple tranchera. Ce sera un vote difficile. La tentation sera grande d’appliquer au Conseil fédéral le système qui prévaut au niveau des gouvernements cantonaux. Il sera aussi tentant pour le peuple d’élargir son pouvoir et de croire qu’il fera mieux que l’appareil des partis dans l’obscurité de leurs cuisines. Comme si ces cuisines ne fonctionnaient pas pour l’élection des ministres cantonaux. C’est donc un débat délicat qui va s’ouvrir où les solides arguments pour le maintien du système d’élection actuel seront malmenés par un verbiage populiste.
Pierre-André Chapatte
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